Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Histoire des Centres Sociaux — page 6
Les années 2010 à aujourd'hui :
le pouvoir d'agir et les nouveaux défis

Histoire des Centres Sociaux et Socioculturels en France, des années 70 à aujourd'hui — par Patrice Chauveau

« La Fabrique des possibles »

En 2014, la FCSF se dote de son premier projet fédéral intitulé « La Fabrique des possibles ». Ce projet marque un tournant dans l'histoire récente du réseau : il place au cœur de l'action des centres sociaux le concept de « pouvoir d'agir » des habitants (traduction française de la notion anglo-saxonne d'« empowerment »).

L'idée est simple mais profonde : il ne s'agit plus seulement d'« aider » les habitants ou de leur « proposer » des activités, mais de les accompagner pour qu'ils développent leur propre capacité à agir sur leurs conditions de vie. Le centre social n'est plus le prestataire de services ou l'animateur bienveillant ; il devient le facilitateur, le catalyseur des initiatives citoyennes.

Pendant dix ans, ce projet fédéral va orienter les actions du réseau sur de nombreux sujets : la lutte contre l'isolement, les discriminations, les enjeux de santé, de logement, d'alimentation, d'écologie, la place des jeunes et des personnes vieillissantes, la prévention de la radicalisation, l'inclusion numérique.

Les crises récentes : les centres sociaux en première ligne

Les attentats de 2015 placent les centres sociaux au cœur du débat sur la laïcité, le vivre-ensemble et la prévention de la radicalisation. En octobre 2020, lors d'une rencontre nationale de la FCSF sur le thème « Religions et laïcité », les échanges avec la secrétaire d'État chargée de la Jeunesse illustrent les tensions et les incompréhensions qui traversent la société française sur ces questions sensibles.

La crise sanitaire du Covid-19 (2020-2021) met en lumière le rôle irremplaçable des centres sociaux dans le maintien du lien social. Pendant les confinements, beaucoup d'entre eux réorganisent leurs actions pour distribuer des colis alimentaires, maintenir le contact téléphonique avec les personnes isolées, organiser l'aide aux devoirs à distance, soutenir les familles en grande difficulté. Cette mobilisation exceptionnelle confirme ce que les acteurs de terrain savent depuis longtemps : les centres sociaux sont des « amortisseurs de crise » indispensables.

Une posture d'accueil singulière, reconnue par la recherche

Les travaux du Laboratoire interdisciplinaire d'évaluation des politiques publiques (LIEPP) ont décrit en 2024 la posture d'accueil spécifique des centres sociaux et des EVS. Cette recherche met en évidence que l'accueil pratiqué dans les centres sociaux est fondé sur une relation de proximité, une interaction informelle et humaine entre professionnels et habitants, favorisant la confiance, la convivialité et le sentiment d'être considéré. Les salariés et les bénévoles en charge de l'accueil y développent un environnement sécurisant et non-jugeant, une grande disponibilité en temps et en écoute, ainsi qu'une présence émotionnelle qui permet aux habitants d'exprimer librement leurs besoins.

Cette posture singulière, qui distingue les centres sociaux des administrations et des guichets sociaux traditionnels, est au cœur de leur efficacité. C'est parce que les habitants se sentent accueillis avec respect et bienveillance qu'ils osent franchir la porte, exprimer leurs difficultés, et s'engager dans des dynamiques de changement.

La question écologique : une nouvelle frontière

Depuis la fin des années 2010, les centres sociaux s'engagent de plus en plus dans la transition écologique. Cet engagement prend des formes très concrètes, ancrées dans le quotidien des habitants : jardins partagés et potagers collectifs dans les quartiers, ateliers de réparation et « repair cafés » pour lutter contre l'obsolescence programmée, cuisines collectives anti-gaspillage et distribution de paniers solidaires, gratiférias (marchés gratuits) et bourses d'échange, ateliers de sensibilisation au tri des déchets et à la consommation responsable, sorties nature et découverte de l'environnement local, projets d'écomobilité (vélo-école, co-voiturage solidaire).

La FCSF a fait de la transition écologique l'un des axes prioritaires de son projet fédéral, considérant que les populations les plus fragiles sont aussi les plus exposées aux conséquences du dérèglement climatique et les moins équipées pour y faire face. Les centres sociaux, par leur proximité avec ces populations et leur capacité à développer des actions collectives, sont des acteurs légitimes et efficaces de la transition écologique populaire.

Aujourd'hui : un réseau vivant face aux mutations de la société

En 2025-2026, le réseau des centres sociaux fait face à des défis considérables. La crise budgétaire frappe durement les structures : dans de nombreux départements, une majorité de centres sociaux sont en déficit. Les difficultés de recrutement sont préoccupantes, liées au manque d'attractivité des métiers de l'animation sociale.

Mais le réseau fait aussi preuve d'une vitalité remarquable. Le nouveau « projet de réseau » qui succède à « La Fabrique des possibles » ambitionne de transformer massivement les conditions de vie des habitants en agissant « ensemble et avec les premiers concernés ». Les centres sociaux investissent de nouveaux champs : la transition écologique (avec des quinzaines de la transition écologique, des jardins partagés, des repair cafés), l'inclusion numérique (ateliers d'initiation, médiation numérique, lutte contre l'illectronisme), la lutte contre les discriminations et pour l'égalité femmes-hommes, l'accueil des publics migrants et réfugiés, et le « bien vieillir » (actions intergénérationnelles, lutte contre l'isolement des personnes âgées).

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