Histoire des Centres Sociaux — page 5
Les années 2000 :
le développement social local et la participation des habitants
Histoire des Centres Sociaux et Socioculturels en France, des années 70 à aujourd'hui — par Patrice Chauveau
Le tournant du millénaire
Le tournant du millénaire est marqué par deux événements importants pour les centres sociaux : l'adoption de la Charte fédérale en 2000 et la montée en puissance du concept de « développement social local ».
La Charte fédérale de 2000 : affirmer les valeurs
En juin 2000, les centres sociaux adhérents à la Fédération nationale adoptent une Charte qui exprime solennellement les valeurs fondatrices de leur action. Trois principes y sont affirmés : la dignité humaine (reconnaître en chaque personne un être unique et respectable), la solidarité (considérer les femmes et les hommes comme capables de vivre ensemble en société et responsables les uns des autres), la démocratie (vouloir une société ouverte où chacun a sa place et peut participer aux décisions qui le concernent).
Cette Charte n'est pas un simple texte déclaratif. Elle devient le socle commun sur lequel repose l'appartenance au réseau fédéral. Adhérer à la Fédération, c'est adhérer à ces valeurs et s'engager à les mettre en pratique au quotidien.
Le développement social local : une approche renouvelée
Dans les années 2000, le concept de « développement social local » (DSL) s'impose comme un cadre de référence pour l'action des centres sociaux. Il s'agit de passer d'une logique de « guichet » (distribuer des services et des aides) à une logique de « projet » (construire avec les habitants des réponses adaptées à leurs besoins et à ceux de leur territoire).
Le DSL repose sur plusieurs principes : le diagnostic partagé (identifier ensemble les problèmes et les ressources du territoire), la participation des habitants (associer les premiers concernés à la définition et à la mise en œuvre des actions), le partenariat (travailler avec l'ensemble des acteurs du territoire), l'évaluation (mesurer les effets de l'action pour l'ajuster).
Les centres sociaux et la parentalité : un axe de travail majeur
Les années 2000 voient aussi se renforcer considérablement le volet « familles » de l'action des centres sociaux. La création du « référent familles », professionnel dédié à la coordination des actions en direction des familles au sein du centre social, est un tournant important. Ce professionnel, dont la qualification et la mission sont précisées par les circulaires CNAF, est chargé de développer des actions collectives contribuant à l'épanouissement des parents et des enfants, au renforcement de la cohésion familiale et aux solidarités entre les familles.
Les actions de soutien à la parentalité prennent des formes très variées : groupes de parole de parents, cafés des parents, ateliers parents-enfants (cuisine, lecture, jeux), actions d'aide aux devoirs impliquant les parents, sorties familiales, vacances en famille, médiation familiale, accompagnement des séparations et des recompositions familiales.
La prestation de service « animation collective familles » de la CNAF apporte un financement spécifique pour ces actions, reconnaissant le rôle irremplaçable des centres sociaux dans le soutien aux familles. Cette prestation prend en charge une partie des charges de personnel du référent familles.
Le congrès de Strasbourg et l'écriture de la Charte
Le processus d'écriture de la Charte fédérale, qui aboutit à son adoption en 2000, a été en lui-même un moment démocratique fort. Il a mobilisé des centaines de centres sociaux à travers la France, qui ont participé à des ateliers d'écriture collective, des débats et des forums. Plus de 100 participants bretons étaient par exemple présents au congrès de la FCSF à Strasbourg.
Cette démarche participative d'écriture de la Charte illustre la méthode même des centres sociaux : on ne décrète pas les valeurs d'en haut, on les construit ensemble, par le dialogue et la confrontation des points de vue. La Charte ainsi produite n'est pas un texte abstrait : elle est le reflet d'une expérience collective vécue par des milliers d'acteurs de terrain.
L'observatoire SENACS : connaître pour agir
En 2011, un outil important est créé : le SENACS (Système d'Échanges National des Centres Sociaux). À l'origine un dispositif régional (SERACS, le « S » signifiant « régional ») mis au point par l'union Auvergne-Rhône-Alpes Centres Sociaux et la CAF du Rhône, il est progressivement étendu à l'ensemble du territoire national à partir de 2013, incluant les départements d'Outre-mer.
SENACS est un observatoire qui permet de produire chaque année des données chiffrées sur la vie des centres sociaux et des espaces de vie sociale : nombre de personnes touchées, profil des publics, nature des activités, bénévolat, emploi, finances, partenariats. Ces données sont essentielles pour valoriser l'action des centres sociaux auprès des partenaires et des décideurs, et pour piloter le développement du réseau.
En 2024, 89 % des centres sociaux et 81 % des EVS ont rempli l'enquête SENACS, ce qui témoigne de l'appropriation de cet outil par les structures. Les plaquettes nationales et départementales produites chaque année à partir de ces données constituent un état des lieux précieux du réseau.
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