Histoire des Centres Sociaux — page 4
Les années 90 :
la professionnalisation et la politique de la ville
Histoire des Centres Sociaux et Socioculturels en France, des années 70 à aujourd'hui — par Patrice Chauveau
Des tendances qui s'amplifient
Les années 90 prolongent et amplifient les tendances amorcées dans la décennie précédente. La professionnalisation des centres sociaux s'accélère, la politique de la ville se structure, et de nouvelles questions émergent autour de la place des habitants dans les institutions qui les concernent.
La montée en compétence des équipes
Les premiers animateurs des centres sociaux étaient souvent des militants, formés sur le tas, portés par leur engagement plus que par des diplômes. Dans les années 90, le profil des professionnels évolue. Des formations spécialisées se développent : le DEFA (Diplôme d'État relatif aux fonctions d'animation), devenu DEJEPS puis DESJEPS, forme les cadres de l'animation ; le DEES (Diplôme d'État d'éducateur spécialisé) et le DEASS (assistant de service social) fournissent d'autres compétences ; les universités proposent des licences et des masters en développement social, animation socioculturelle et ingénierie sociale.
Le SNAECSO (Syndicat National des Associations Employeurs dans le domaine social, culturel et sportif), créé dès 1971 par la FCSF avec six fédérations locales, négocie des conventions collectives qui structurent les métiers et les rémunérations. La professionnalisation est un progrès indéniable en termes de qualité des interventions, mais elle soulève aussi des questions sur le risque de technocratisation et de perte du lien militant.
La circulaire CNAF de 1995 : un nouveau cadre
En 1995, la CNAF publie une circulaire qui restructure en profondeur le cadre réglementaire de l'animation de la vie sociale. Cette circulaire précise les missions des centres sociaux, les critères d'agrément, les modalités de financement. Elle distingue plus clairement les différents types de structures (centres sociaux, espaces de vie sociale) et renforce les exigences en matière de diagnostic territorial, de projet social et d'évaluation.
La place des habitants : entre participation et instrumentalisation
La question de la participation des habitants reste au cœur du projet des centres sociaux. Mais dans les années 90, le constat est souvent amer : les instances de gouvernance (conseils d'administration, comités d'usagers) sont parfois désinvesties, la participation se limite souvent à la consommation d'activités, les habitants les plus éloignés des institutions restent difficiles à toucher.
Parallèlement, les politiques publiques promeuvent de plus en plus la « participation des habitants » comme un objectif en soi, notamment dans le cadre de la politique de la ville. Mais cette injonction institutionnelle à participer n'est pas sans ambiguïté : s'agit-il de donner réellement le pouvoir aux habitants, ou de les associer à des décisions déjà prises par ailleurs ?
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