Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Histoire des Centres Sociaux — page 8
La Fédération Nationale des Centres Sociaux
et Socioculturels de France (FCSF)

Histoire des Centres Sociaux et Socioculturels en France, des années 70 à aujourd'hui — par Patrice Chauveau

L'âme du réseau

La FCSF est l'âme du réseau des centres sociaux. Association loi 1901 fondée en 1922, reconnue d'utilité publique depuis 1931 et agréée « Jeunesse et Éducation Populaire », elle est la garante du projet commun qui unit les centres sociaux adhérents à travers la France.

Les fondations (1922-1960) : de Marie-Jeanne Bassot à l'essor de l'après-guerre

Marie-Jeanne Bassot est la figure fondatrice de la FCSF. En 1922, elle regroupe les œuvres sociales françaises partageant les mêmes objectifs pour créer la Fédération des Centres Sociaux de France, à l'occasion du premier congrès international des « settlements » à Londres. Bassot est elle-même une femme d'action : impliquée dans la Résidence sociale de Levallois-Perret, elle incarne cette tradition de l'engagement personnel au cœur des quartiers populaires.

Dans les premières décennies, la Fédération est modeste en taille mais ambitieuse dans ses objectifs. Elle s'efforce de préciser l'identité commune des centres sociaux, de favoriser la création de nouveaux centres, et de représenter le mouvement auprès des pouvoirs publics.

En 1952, la FCSF corédige avec le Ministère de la Santé publique et de la Population un rapport sur les centres sociaux, réalisé à la demande du Conseil économique et social des Nations Unies. Ce travail contribue à asseoir la légitimité internationale du modèle français.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'essor des centres sociaux portés par les CAF transforme le paysage. La Fédération doit composer avec ces nouvelles structures, souvent gérées directement par les Caisses, et dont la philosophie n'est pas toujours celle de l'Education Populaire.

Les années 60-70 : structuration, premiers congrès et professionnalisation

C'est à partir des années 60 que la FCSF prend véritablement son envol.

La première fédération départementale avait été créée dès 1947 dans le Loiret. Dans les années 50-60, le mouvement de structuration locale s'amplifie. La FCSF soutient la création d'une quarantaine de fédérations locales qui animent et développent un véritable réseau territorial.

En 1965, la première journée fédérale réunit les représentants des fédérations locales et de la FCSF. C'est un moment fondateur dans la construction du fédéralisme. Les présidents des fédérations locales deviennent membres du conseil d'administration national, aux côtés des représentants des institutions nationales (Union des CAF, logement social, unions familiales).

En 1967, un événement marque les esprits : le premier congrès national à Dourdan, dans l'Essonne, réunit 251 personnes venues de 120 centres sociaux. C'est la première grande rencontre nationale du réseau, l'occasion de débattre des orientations et de se donner une identité collective. La même année, la Fédération ajoute « socioculturels » à son nom.

La FCSF est admise au FONJEP (Fonds de coopération de la jeunesse et de l'éducation populaire), ce qui lui permet de bénéficier de subventions pour la formation et de postes d'animateurs.

En 1970, les statuts de la Fédération sont modifiés pour ouvrir les instances délibératives aux usagers et aux salariés, en plus des gestionnaires. Trois collèges représentatifs sont institués, traduisant la volonté d'une gouvernance participative.

En 1971, la FCSF crée avec six fédérations locales le SNAECSO (Syndicat National des Associations Employeurs dans les secteurs social, médico-social et socioculturel). C'est une étape majeure dans la professionnalisation des centres sociaux : pour la première fois, un cadre conventionnel structure les relations employeurs-salariés dans le secteur.

En 1977, un groupe de travail « Jeunes et centres sociaux » se réunit pour mettre en commun l'expérience des centres sociaux de plus en plus nombreux à accueillir des groupes de jeunes. Certains centres ont embauché des animateurs spécialisés, et la question de la place des jeunes dans les structures devient un sujet majeur de réflexion.

Les années 80-90 : les Chartes fédérales et l'affirmation des valeurs

Face aux bouleversements des années 80, la FCSF s'efforce de maintenir le cap et de réaffirmer les valeurs fondatrices du réseau. Les congrès nationaux sont des moments forts de rassemblement et de réflexion collective.

La Fédération joue un rôle crucial de médiateur entre les centres sociaux et les pouvoirs publics. Elle participe activement aux discussions sur la politique de la ville, défend l'approche globale face à la multiplication des dispositifs sectoriels, et milite pour la reconnaissance du rôle spécifique des centres sociaux dans le paysage institutionnel.

Dans les années 90, la professionnalisation s'accélère. La FCSF développe son offre de formation, notamment avec le parcours AFNR (Adaptation à la Fonction pour les Nouveaux Responsables de centres sociaux), qui deviendra une référence dans le réseau. Cette formation, toujours proposée aujourd'hui, aborde tous les fondamentaux du pilotage d'un centre social : histoire, Charte, méthodologie du projet social, démarches participatives, circulaire CNAF, processus d'agrément, ressources humaines et posture de direction.

Les années 2000 : la Charte de 2000 et le renouveau fédéral

L'adoption de la Charte fédérale des centres sociaux et socioculturels en juin 2000 est un acte fondateur. Ce texte, élaboré collectivement à l'occasion d'un congrès national, affirme solennellement les trois valeurs de dignité humaine, solidarité et démocratie.

La Charte pose le centre social comme un « foyer d'initiatives porté par des habitants associés appuyés par des professionnels, capable de définir et de mettre en œuvre un projet de développement social pour l'ensemble de la population d'un territoire ». Cette définition, qui fait consensus dans le réseau, insiste sur le rôle moteur des habitants et la dimension territoriale du projet.

Les années 2010-2020 : « La Fabrique des possibles » et le pouvoir d'agir

En 2014, la FCSF adopte son premier projet fédéral formalisé : « La Fabrique des possibles ». Ce projet, dont l'ambition principale est d'accompagner les centres sociaux à développer le pouvoir d'agir des habitants, constitue une feuille de route pour l'ensemble du réseau.

Pendant dix années, la Fédération mène des chantiers et porte des actions sur de nombreux fronts : les enjeux écologiques, les problématiques des quartiers populaires et des territoires ruraux, la petite enfance, la jeunesse, le vieillissement, la lutte contre les discriminations, l'inclusion numérique, la laïcité.

La FCSF est membre du CNAJEP (Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d'éducation populaire), ce qui la positionne dans le champ plus large de l'Education Populaire. Elle noue des partenariats avec de nombreux acteurs : l'ANCV (Agence Nationale pour les Chèques Vacances) pour le droit aux vacances, la SACEM pour les conditions d'utilisation de la musique dans les centres, et bien d'autres.

Aujourd'hui : un projet de réseau pour l'avenir

Après dix ans de « Fabrique des possibles », la FCSF fait le choix de passer d'un « projet fédéral » à un « projet de réseau », témoignant d'une volonté de transformation collective plus large. L'ambition est d'agir massivement, ensemble et avec les habitants, pour répondre aux questions de société qui les concernent.

La FCSF, installée au 10 rue Montcalm dans le 18e arrondissement de Paris, fédère aujourd'hui plus de 1 250 centres sociaux à travers la France. Elle exerce cinq missions principales : animer un projet axé sur le renforcement du pouvoir d'agir des habitants, fédérer et développer le réseau, former et qualifier les bénévoles et salariés, éclairer les enjeux liés aux questions sociales en s'appuyant sur l'expertise de terrain, et représenter le réseau auprès des pouvoirs publics.

Les équipes, les délégués, la présidence et les partenaires

La gouvernance de la FCSF repose sur un conseil d'administration qui comprend des représentants des fédérations locales, des centres sociaux, et des institutions partenaires (dont la CNAF et la CCMSA). Parmi les présidents qui ont marqué l'histoire récente de la Fédération, on peut citer Pierre Garnier, président au début des années 2010.

La Fédération s'appuie sur une équipe de délégués nationaux et de chargés de mission qui animent les différents chantiers thématiques et accompagnent les fédérations locales. Les délégués de la FCSF jouent un rôle de référents régionaux, assurant la liaison entre le niveau national et les territoires.

Les partenaires institutionnels de la FCSF sont nombreux : la CNAF et les CAF (premier partenaire financier et institutionnel), la CCMSA (Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole), l'État (Ministère des Solidarités, Ministère de la Ville, Ministère de la Jeunesse et des Sports), les associations nationales du secteur (CNAJEP, FONJEP), les organismes de logement social, les fédérations d'Education Populaire partenaires (Ligue de l'enseignement, CEMEA, Francas, Fédération des MJC, etc.).

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