Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Histoire des Centres Sociaux — page 13
Statuts, partenaires & conclusion :
un bien commun à préserver

Histoire des Centres Sociaux et Socioculturels en France, des années 70 à aujourd'hui — par Patrice Chauveau

Les différents statuts de gestion

Les centres sociaux en France peuvent être gérés selon quatre types de statuts principaux, qui reflètent la diversité de leurs origines et de leurs contextes locaux.

Le statut associatif est le plus répandu. Le centre social est géré par une association loi 1901, le plus souvent créée par des habitants du quartier, parfois par des militants d'un mouvement d'Education Populaire ou familial. Le conseil d'administration de l'association est composé de bénévoles (habitants, usagers, représentants d'associations partenaires) qui définissent les orientations du centre et embauchent le directeur et l'équipe professionnelle. Ce modèle est considéré comme le plus conforme à l'esprit originel des centres sociaux, fondé sur l'initiative des habitants et la démocratie participative.

La gestion municipale (ou intercommunale) concerne les centres sociaux directement gérés par une collectivité locale (commune, intercommunalité). Le personnel est alors fonctionnaire territorial ou contractuel de droit public. Ce statut est fréquent dans les communes qui ont fait le choix d'intégrer le centre social dans leur politique sociale municipale.

La gestion CAF désigne les centres sociaux gérés directement par une Caisse d'Allocations Familiales. Ce mode de gestion, très répandu dans les années 50-60 (époque où les CAF créaient de nombreux centres), a connu un déclin progressif, la tendance étant à la « municipalisation » ou à l'« associativisation » des centres anciennement gérés par les CAF.

La gestion MSA concerne les centres sociaux gérés par une Caisse de Mutualité Sociale Agricole, principalement en milieu rural. Les MSA ont développé des centres sociaux intercommunaux pour répondre aux besoins des populations des campagnes, dans un contexte de mutation du monde rural.

Il existe aussi, de manière marginale, une gestion en « délégation de service public » ou par des fondations (environ 1 % des centres).

L'évolution statistique du réseau depuis les années 70

L'évolution quantitative du réseau des centres sociaux témoigne de la croissance continue du mouvement, malgré les crises et les difficultés :

Dans les années 70, le réseau connaît une expansion rapide, portée par la construction des grands ensembles et le soutien de la CNAF. On passe d'environ 700 centres au début de la décennie à plus de 1 000 à la fin des années 70.

Dans les années 80, la croissance se poursuit, stimulée par la politique de la ville et la création de nouveaux centres dans les quartiers prioritaires. Le cap des 1 500 centres est franchi.

Dans les années 90, le réseau atteint environ 2 000 centres sociaux agréés. La part des centres gérés par les CAF diminue, au profit du statut associatif et de la gestion municipale.

Dans les années 2000-2010, le nombre se stabilise autour de 2 100 à 2 200 centres sociaux. Le développement se fait désormais davantage par la création d'« espaces de vie sociale » (structures plus légères) que par celle de nouveaux centres sociaux.

En 2024, la France compte 2 380 centres sociaux agréés et 1 690 espaces de vie sociale (EVS), selon les données SENACS. Au 31 décembre 2024, la CNAF recense quant à elle 2 409 centres sociaux et 1 796 EVS.

Les chiffres clés aujourd'hui

Le réseau des centres sociaux en France, tel qu'il ressort des données SENACS 2024-2025, présente un profil riche et varié.

En ce qui concerne les modes de gestion, environ 70 % des centres sociaux sont gérés sous statut associatif, 26 % sont directement gérés par une collectivité locale, 3 % sont en gestion CAF, et 1 % relèvent d'une délégation de gestion ou d'une fondation. La tendance historique est à l'augmentation de la part associative.

Du point de vue territorial, huit centres sociaux sur dix sont situés en milieu urbain, mais le réseau couvre aussi de nombreux territoires ruraux, notamment par le biais des centres sociaux intercommunaux et des espaces de vie sociale. La couverture territoriale est « à l'image de la répartition de la population ».

Les centres sociaux mobilisent plus de 215 000 bénévoles dans toute la France. Ils emploient des dizaines de milliers de salariés (directeurs, animateurs, référents familles, agents d'accueil, personnels de petite enfance, etc.). Ils touchent des millions de personnes chaque année par leurs actions et activités. Ils accueillent des centaines d'associations dans leurs locaux et co-portent des milliers d'actions collectives avec leurs partenaires.

Neuf centres sociaux sur dix ont un partenariat avec leur commune de rattachement, et six sur dix ont des conventions multi-partenariales pour couvrir leur financement.

Les Caisses d'Allocations Familiales (CAF) et la CNAF

Les centres sociaux ne fonctionnent pas de manière isolée. Ils s'inscrivent dans un réseau complexe de partenariats institutionnels, associatifs et citoyens qui a considérablement évolué au fil des décennies.

Les CAF sont le premier partenaire historique et financier des centres sociaux. Depuis la création de l'agrément en 1971, elles jouent un rôle central dans la vie du réseau.

Leur rôle a évolué au fil du temps. Dans les années 70, les CAF étaient souvent gestionnaires directes de centres sociaux, qu'elles avaient créés dans le cadre de leur politique d'action sociale familiale. Progressivement, elles se sont recentrées sur un rôle de financeur et de partenaire, confiant la gestion des centres à des associations ou à des collectivités.

Depuis la décentralisation de 1984, chaque CAF locale est responsable de l'agrément des centres sociaux sur son territoire. Elle finance la prestation de service « animation globale et coordination » (devenue « animation globale et familiale » avec la circulaire de 2025), qui couvre une partie des charges liées à la fonction d'animation globale du centre.

Au niveau national, la CNAF définit le cadre réglementaire (circulaires) et fixe les montants des prestations de service. Elle coporte avec la FCSF l'observatoire SENACS, outil de connaissance et de valorisation du réseau.

Les collectivités territoriales

Les collectivités territoriales sont le deuxième grand partenaire des centres sociaux.

Les communes sont les partenaires de proximité par excellence. Neuf centres sociaux sur dix ont un partenariat avec leur commune. Ce partenariat peut prendre différentes formes : mise à disposition de locaux, subventions de fonctionnement, conventions d'objectifs, participation au comité de pilotage du projet social. Dans le cas des centres sociaux gérés en régie municipale, la commune est directement gestionnaire.

Les intercommunalités (communautés de communes, communautés d'agglomération, métropoles) jouent un rôle croissant, notamment pour les centres sociaux intercommunaux en milieu rural. La question du devenir des centres sociaux lors des fusions d'EPCI (Établissements Publics de Coopération Intercommunale) est d'ailleurs un sujet complexe qui a fait l'objet de travaux spécifiques.

Les Conseils départementaux, compétents en matière d'insertion, de protection de l'enfance et d'autonomie, sont des partenaires importants pour les centres sociaux, notamment sur la prévention primaire. Certains départements reconnaissent et financent la fonction d'animation globale des centres sociaux.

Les Conseils régionaux peuvent apporter leur soutien aux centres sociaux sur des projets spécifiques, notamment en matière de formation et d'emploi.

L'évolution des relations avec les collectivités au fil du temps

Les relations entre les centres sociaux et les collectivités territoriales ont considérablement évolué depuis les années 70.

Dans les années 70, les relations étaient souvent marquées par une certaine méfiance réciproque. Les municipalités voyaient parfois les centres sociaux comme des espaces de contestation politique, tandis que les centres sociaux reprochaient aux municipalités de vouloir les contrôler ou les instrumentaliser. Cette tension était particulièrement vive dans les communes où le centre social associatif et la municipalité n'étaient pas du même bord politique.

Dans les années 80-90, les lois de décentralisation (1982-1983) et le développement de la politique de la ville ont progressivement rapproché les centres sociaux et les collectivités. Les communes ont pris conscience de l'importance des centres sociaux comme relais de leur politique sociale et comme outils de connaissance du terrain. De leur côté, les centres sociaux ont compris la nécessité de s'inscrire dans les politiques publiques locales pour pérenniser leurs financements et amplifier leur action.

Aujourd'hui, les relations sont généralement constructives, même si elles ne sont pas exemptes de tensions. La question de l'autonomie des centres sociaux associatifs vis-à-vis des municipalités reste un sujet sensible : comment travailler en partenariat étroit avec la collectivité tout en préservant sa liberté de parole et d'initiative ? Comment accepter les financements municipaux sans devenir un « bras armé » de la politique municipale ?

Les conventions d'objectifs et de financement, signées entre les centres sociaux et les collectivités, sont des outils importants pour structurer cette relation. Elles définissent les engagements réciproques, les objectifs partagés et les modalités de suivi et d'évaluation. Yves Delaire, dans une étude sur le cadre juridique de ces conventions, a montré l'importance de bien définir les termes du partenariat pour éviter les malentendus et les dérives.

La mobilisation actuelle des centres sociaux face à la crise budgétaire met en lumière l'importance de l'engagement de tous les partenaires. Comme le souligne la nouvelle circulaire CNAF de 2025, l'un des enjeux majeurs est la capacité de l'ensemble des partenaires à prendre leur part dans le soutien aux centres sociaux. La circulaire insiste sur l'importance de l'engagement de tous les partenaires autour du diagnostic du projet social et des discussions en amont sur les leviers financiers.

L'État et ses services déconcentrés

L'État intervient à plusieurs niveaux dans la vie des centres sociaux.

Au niveau national, plusieurs ministères sont concernés : le Ministère des Solidarités (politique familiale, action sociale), le Ministère de la Ville (politique de la ville, quartiers prioritaires), le Ministère de la Jeunesse et des Sports (Education Populaire, vie associative, service civique), et le Ministère de la Culture (actions culturelles en milieu populaire).

La FCSF est agréée « Jeunesse et Éducation Populaire » au niveau national, ce qui lui donne accès à certains financements et dispositifs, notamment le FONJEP et l'agrément service civique.

Au niveau local, les services déconcentrés de l'État (DRAJES — Délégations régionales académiques à la jeunesse, à l'engagement et aux sports, anciennement DRJSCS — et DDETS — Directions départementales de l'emploi, du travail et des solidarités) participent au financement des activités des centres sociaux et parfois aussi à la fonction de pilotage. Les contrats de ville, mis en place dans le cadre de la politique de la ville, mobilisent des crédits spécifiques pour les centres sociaux situés dans les quartiers prioritaires.

La circulaire Valls et la reconnaissance du rôle des centres sociaux dans les quartiers

En 2013, la circulaire dite « Valls », du nom du Premier ministre de l'époque, a marqué une étape dans la reconnaissance du rôle des centres sociaux dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Cette circulaire souligne l'importance de s'appuyer sur les structures existantes de l'animation de la vie sociale pour conduire les politiques de cohésion sociale.

Le dispositif des Contrats de ville (2015-2022, puis 2024-2030) intègre explicitement les centres sociaux comme acteurs clés de l'intervention dans les quartiers prioritaires. Les Conseils Citoyens, instaurés par la loi Lamy de 2014 pour associer les habitants à l'élaboration et au suivi des politiques de la ville, trouvent souvent dans les centres sociaux un lieu d'accueil et un appui logistique et méthodologique.

Le service civique : un partenariat fructueux

Depuis 2010, le service civique offre aux jeunes de 16 à 25 ans la possibilité de s'engager pour une durée de 6 à 12 mois dans une mission d'intérêt général. Les centres sociaux, grâce à l'agrément national dont bénéficie la FCSF, sont devenus l'un des principaux réseaux d'accueil de volontaires en service civique.

Les missions proposées aux volontaires dans les centres sociaux sont variées : animation d'activités pour les enfants et les jeunes, accompagnement de projets d'habitants, soutien aux actions de solidarité (distribution alimentaire, accompagnement de personnes isolées), développement de projets numériques, culturels ou environnementaux.

Le service civique est une chance pour les centres sociaux : il leur apporte de la « force vive » et un regard neuf. C'est aussi une chance pour les jeunes : nombre d'entre eux découvrent à cette occasion le monde associatif et de l'Education Populaire, et certains y trouvent une vocation professionnelle.

La Mutualité Sociale Agricole (MSA)

La MSA est un partenaire historique des centres sociaux, souvent méconnu. Depuis les années 50, les Caisses de MSA ont créé des centres sociaux en milieu rural pour répondre aux besoins des populations agricoles et rurales. Ces centres, parfois appelés « centres sociaux intercommunaux », sont souvent les seuls équipements de proximité dans les campagnes.

Le conseil d'administration de la FCSF comprend d'ailleurs la représentation de la CCMSA (Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole), témoignant de l'importance de ce partenariat.

Depuis les années 50, la MSA a développé une politique active en faveur des centres sociaux en milieu rural, s'appuyant sur sa connaissance fine des populations agricoles et de leurs besoins. Les centres sociaux MSA ont joué un rôle essentiel dans l'accompagnement de la mutation du monde rural : exode rural, modernisation de l'agriculture, désertification des campagnes, vieillissement de la population rurale.

Dans les années 70-80, les centres sociaux MSA ont été particulièrement actifs dans le domaine de l'animation socio-éducative auprès des familles rurales : actions d'éveil culturel, sorties et vacances familiales, permanences sociales itinérantes, formations pour les femmes d'agriculteurs. Ils ont aussi contribué au développement du mouvement d'Education Populaire en milieu rural, en lien avec les Foyers ruraux et les MJC.

Aujourd'hui, les centres sociaux soutenus par la MSA s'adaptent aux nouvelles réalités du monde rural : accueil des néo-ruraux, développement des circuits courts et de l'agriculture biologique, lutte contre la précarité énergétique, mobilité en milieu rural, inclusion numérique. Leur rôle est d'autant plus précieux que les services publics ont tendance à se retirer des zones rurales, laissant les centres sociaux comme l'un des derniers remparts contre la désertification sociale.

Les fédérations d'Education Populaire et le mouvement associatif

Les centres sociaux s'inscrivent dans le vaste mouvement de l'Education Populaire qui a structuré la vie associative française depuis la Libération. Ils entretiennent des relations étroites avec les autres fédérations d'Education Populaire.

Parmi les partenaires associatifs historiques, on trouve la Ligue de l'enseignement, les CEMEA (Centres d'Entraînement aux Méthodes d'Éducation Active), les Francas, la Fédération des MJC (Maisons des Jeunes et de la Culture), la Fédération nationale des Foyers ruraux, Peuple et Culture, les CPCV (Centres Protestants de vacances), Culture et Liberté (fondé en 1971), et bien d'autres.

L'Education Populaire : un mouvement fédérateur

Le mouvement de l'Education Populaire, dans lequel s'inscrivent les centres sociaux, a connu des transformations profondes depuis les années 70.

Dans les années 70, l'Education Populaire traverse une crise d'identité. Comme le montre l'ouvrage de Geneviève Poujol « Éducation populaire : le tournant des années 70 », Mai 68 a provoqué un séisme dans les rapports entre les associations et l'État, entre les différents mouvements, et au sein même des organisations. Le « socioculturel » détrône pour un temps l'Education Populaire, et les politiques publiques prennent leurs distances avec un projet inspiré de l'Education Populaire. Au même moment, les politiques locales s'affirment et des municipalités se confrontent aux associations en matière de loisirs.

Dans les années 80-90, l'Education Populaire semble marginalisée par la montée en puissance des politiques sectorielles (politique de la ville, insertion, prévention de la délinquance) qui fragmentent l'action sociale. Les mouvements d'Education Populaire peinent à se situer dans ce nouveau paysage institutionnel.

À partir des années 2000, un renouveau se dessine. Les « Rencontres de l'éducation populaire » organisées par le Ministère de la Jeunesse et des Sports (2000-2001) marquent une volonté de relancer le dialogue entre l'État et les mouvements d'Education Populaire. La notion de « pouvoir d'agir » vient renouveler le vocabulaire et les pratiques, en mettant l'accent sur l'émancipation individuelle et collective plutôt que sur la seule transmission de savoirs.

Les centres sociaux, par leur vocation à la fois sociale et éducative, sont particulièrement bien placés pour incarner ce renouveau de l'Education Populaire. Ils sont des lieux où se pratique concrètement, au quotidien, cette ambition de « former des citoyens actifs et critiques », comme le disaient les pionniers de l'Education Populaire.

Au sein du CNAJEP, la FCSF participe à la concertation entre les grandes organisations de jeunesse et d'Education Populaire. Ce cadre permet de porter des positions communes auprès des pouvoirs publics et de mutualiser les réflexions sur les enjeux éducatifs et sociaux.

Dans les Bouches-du-Rhône, les fédérations d'Education Populaire (CEMEA, FOL/Ligue de l'enseignement, IFAC, et d'autres) sont devenues signataires de la Convention Cadre des centres sociaux à partir de 2015, témoignant de la reconnaissance mutuelle entre ces différents acteurs de l'animation de la vie sociale.

Les partenaires d'aujourd'hui : entreprises, fondations et Europe

Au fil des années, le cercle des partenaires des centres sociaux s'est élargi. De nouveaux acteurs sont apparus.

Les fondations d'entreprise ou d'utilité publique soutiennent de plus en plus les projets des centres sociaux, notamment dans les domaines de la jeunesse, de la culture, du numérique et de l'écologie.

Les organismes de logement social (offices HLM, entreprises sociales pour l'habitat) sont des partenaires naturels des centres sociaux, nombreux étant implantés dans des quartiers d'habitat social. Ils collaborent sur des projets de rénovation urbaine, de gestion sociale de proximité, d'accompagnement des locataires.

Au niveau européen, certains centres sociaux et fédérations participent à des programmes européens (Fonds social européen, Erasmus+, LEADER en milieu rural) qui permettent de financer des actions innovantes et de développer des échanges internationaux.

L'ANCV (Agence Nationale pour les Chèques Vacances) est un partenaire important du réseau. Chaque année, le dispositif « Aides aux Projets Vacances » permet à des habitants accompagnés par les centres sociaux de partir en vacances, souvent pour la première fois. Le droit aux vacances est considéré par les centres sociaux comme un enjeu de dignité et d'égalité.

La SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique) propose des conditions privilégiées aux centres sociaux adhérents à la FCSF pour l'utilisation de musique dans leurs activités et événements. Ce partenariat facilite l'organisation de fêtes, de spectacles et d'ateliers musicaux.

Les Caisses d'Épargne, à travers leurs fondations, soutiennent également de nombreux projets portés par les centres sociaux, notamment dans le domaine de l'éducation financière et de la lutte contre l'exclusion bancaire.

Plus récemment, des partenariats se sont noués avec des acteurs du numérique (opérateurs, entreprises du secteur technologique) pour développer l'inclusion numérique dans les centres sociaux. La crise sanitaire de 2020-2021 a mis en lumière la fracture numérique qui touche une partie importante des habitants des quartiers populaires, et a accéléré les projets d'équipement et de formation.

Les CARSAT (Caisses d'Assurance Retraite et de la Santé au Travail) sont des partenaires de plus en plus importants, notamment dans le cadre des actions « bien vieillir ». Les centres sociaux développent des projets intergénérationnels, des ateliers de prévention santé pour les seniors, des actions de lutte contre l'isolement, en partenariat avec les CARSAT et les caisses de retraite.

Enfin, les centres sociaux entretiennent des relations étroites avec les associations locales implantées sur leur territoire. Beaucoup de centres sociaux accueillent dans leurs locaux des associations de quartier, des groupes d'entraide, des collectifs d'habitants, des associations culturelles ou sportives. Cette fonction d'hébergement et d'accompagnement de la vie associative locale est une dimension souvent méconnue mais essentielle de l'action des centres sociaux. En 2024, les centres sociaux et EVS accueillaient des milliers d'associations dans leurs locaux à travers la France.

Conclusion : les Centres Sociaux, un bien commun à préserver

Au terme de ce parcours à travers plus de cinquante ans d'histoire, un constat s'impose : les centres sociaux et socioculturels sont un bien commun, un patrimoine vivant de la République sociale et de l'Education Populaire. Nés de la volonté de citoyens engagés, soutenus par les institutions publiques, portés par des milliers de bénévoles et de professionnels, ils constituent un maillage irremplaçable de solidarité et de lien social à travers la France.

Leur histoire est celle d'une adaptation permanente aux mutations de la société. Des bouillonnantes années 70 aux défis contemporains du numérique, de l'écologie et de la cohésion sociale, les centres sociaux ont su se réinventer sans perdre leur âme. Ils ont traversé les crises économiques, les émeutes urbaines, les attentats, la pandémie, en restant fidèles à leurs valeurs fondatrices : la dignité humaine, la solidarité et la démocratie.

Mais les centres sociaux sont aussi fragiles. La crise budgétaire qui les frappe actuellement — avec des financements qui ne suivent pas l'augmentation des besoins et des coûts — menace leur capacité à remplir leurs missions. Le manque d'attractivité des métiers de l'animation sociale rend difficile le recrutement de professionnels qualifiés et motivés. La bureaucratisation croissante (multiplication des appels à projets, des évaluations, des rapports) pèse sur les équipes et détourne des énergies qui seraient mieux employées au service des habitants.

Face à ces menaces, le réseau des centres sociaux fait preuve d'une vitalité remarquable. Le nouveau projet de réseau porté par la FCSF, l'engagement des fédérations locales, la mobilisation des bénévoles, les initiatives innovantes qui fleurissent sur le terrain : tout cela témoigne d'un mouvement vivant, créatif et combatif.

L'enjeu pour les années à venir est de taille : il s'agit de maintenir et de développer un réseau de proximité capable de répondre aux besoins des habitants les plus fragiles, tout en s'ouvrant aux nouvelles questions de société (transition écologique, inclusion numérique, vieillissement de la population, accueil des migrants, montée des inégalités).

Les centres sociaux sont, plus que jamais, des espaces de citoyenneté où se construit, au quotidien, la société que nous voulons. Comme l'écrivait Robert Durand, ils sont le lieu où le « voisinage » devient « citoyenneté ». C'est cette alchimie, fragile et précieuse, qu'il nous appartient de préserver et de transmettre aux générations futures.

Car en définitive, un centre social, c'est d'abord et surtout un endroit où l'on pousse la porte et où l'on est accueilli. Un endroit où l'on entre seul et d'où l'on repart moins seul. Un endroit où la vie, simplement, est un peu plus douce et un peu plus riche quand on la partage.

L'histoire que nous venons de retracer n'est pas une histoire achevée. Elle continue de s'écrire chaque jour, dans les 2 400 centres sociaux et les 1 800 espaces de vie sociale de France. Elle s'écrit dans chaque atelier d'alphabétisation où une mère de famille apprend à lire et à écrire en français. Dans chaque centre de loisirs où un enfant découvre le plaisir de jouer avec d'autres enfants venus d'horizons différents. Dans chaque permanence d'accès aux droits où un demandeur d'emploi retrouve confiance en ses démarches. Dans chaque fête de quartier où les voisins se découvrent et se reconnaissent comme membres d'une même communauté.

Cette histoire, c'est aussi celle des 215 000 bénévoles qui donnent de leur temps et de leur énergie pour faire vivre les centres sociaux. Des retraités qui animent les ateliers cuisine et les sorties culturelles. Des étudiants qui proposent du soutien scolaire. Des parents qui s'investissent dans les conseils d'administration et les comités de pilotage. Des habitants qui, simplement, ont envie de rendre service et de participer à la vie de leur quartier.

C'est enfin l'histoire des milliers de professionnels — directeurs, animateurs, référents familles, agents d'accueil, éducateurs, puéricultrices — qui, malgré des salaires modestes et des conditions de travail parfois difficiles, continuent de porter avec passion le projet des centres sociaux. Leur engagement quotidien est la meilleure garantie de la pérennité du réseau.

En nous penchant sur cette histoire, nous avons voulu montrer que les centres sociaux ne sont pas apparus par hasard. Ils sont le fruit d'une longue tradition de solidarité et d'émancipation, qui plonge ses racines dans les « settlements » anglais du 19e siècle, dans les « résidences sociales » des pionnières françaises, dans les mouvements d'Education Populaire de l'après-guerre. Cette filiation est importante à rappeler, car elle donne du sens à l'action quotidienne des centres sociaux et l'inscrit dans un projet de société : celui d'une démocratie vivante, où chaque citoyen, quel que soit son origine ou sa condition, a les moyens de participer pleinement à la vie commune.

Les défis qui attendent les centres sociaux dans les années à venir sont nombreux et complexes. La question du financement reste cruciale : sans un engagement résolu des pouvoirs publics — État, CAF, collectivités — en faveur de l'animation de la vie sociale, de nombreuses structures seront menacées dans leur existence même. La question de l'attractivité des métiers est tout aussi pressante : comment attirer et retenir des professionnels qualifiés et motivés dans un secteur où les conditions salariales ne sont pas à la hauteur des compétences requises ?

Mais au-delà de ces questions matérielles, l'enjeu fondamental est de maintenir vivante la flamme de l'Education Populaire. Dans un monde marqué par l'individualisme, la défiance envers les institutions, les replis identitaires et les fractures numériques, les centres sociaux sont plus que jamais nécessaires. Ils sont des espaces de respiration démocratique, des laboratoires du vivre-ensemble, des outils de justice sociale au service de tous.

À celles et ceux qui ne connaissent pas encore les centres sociaux, nous disons : poussez la porte. Vous y trouverez des visages chaleureux, des projets enthousiasmants, et la certitude que, malgré tout, la solidarité est toujours possible.

Bibliographie et ressources

Ouvrages de référence

DURAND, Robert, Histoire des centres sociaux : Du voisinage à la citoyenneté, Paris, La Découverte, collection « Alternatives sociales », 2006 (3e édition, 1re édition 1996 chez Syros). Préface de Jacques Eloy, postface d'Henri Colombani.

DESSERTINE, Dominique, DURAND, Robert, ELOY, Jacques, GARDET, Mathias, MAREC, Yannick, TÉTARD, Françoise, Les centres sociaux 1880-1980. Une résolution locale de la question sociale ?, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 2004.

MAGUIN, Paul, Une histoire des centres sociaux de France, brochure, 2004 (disponible sur le site de Mémoires Vives – Centres Sociaux).

MAGUIN, Paul, Construction et mutations d'un réseau militant. Les centres sociaux de la Loire. 1921-1971, Université de la Vie associative, Saint-Étienne, 2009.

RAT-PATRON, Marie-Jeannette, Les origines des centres sociaux et de la Fédération du Rhône (1919-1973), Mémoires Vives – Centres Sociaux / Fédération des centres sociaux du Rhône. Ouvrage issu de trois années de recherches archivistiques et d'entretiens.

POUJOL, Geneviève (dir.), Éducation populaire : le tournant des années 70, Paris, L'Harmattan, collection « Débats Jeunesses », 2000.

Articles et contributions

ELOY, Jacques, « L'engagement initial des centres sociaux dans l'action sociale et l'éducation populaire (1880-1910) », Vie Sociale, n° 211, 2021.

« Où se situent les centres sociaux ? Une histoire entre action sociale et éducation populaire », Participations, n° 35, 2023, publié chez Cairn.

TRAPON, Martine, « Les centres sociaux, lieux d'exercice de la citoyenneté », Vie Sociale, n° 112.

Documents institutionnels

Circulaire CNAF n°2012-013 du 20 juin 2012, relative à l'animation de la vie sociale.

Lettre circulaire CNAF n°2016-005 du 16 mars 2016, relative aux critères d'agrément des structures de l'animation de la vie sociale.

Circulaire CNAF n°2025-238, sur le cadre réglementaire de la politique d'animation de la vie sociale.

Charte fédérale des centres sociaux et socioculturels de France, adoptée en juin 2000.

Plaquette nationale SENACS 2025, Observatoire des centres sociaux et des espaces de vie sociale.

Sites internet

Fédération des centres sociaux et socioculturels de France (FCSF) : www.centres-sociaux.fr

Mémoires Vives – Centres Sociaux : memoiresvives.centres-sociaux.fr

SENACS – Observatoire des centres sociaux : www.senacs.fr

Fédération des centres sociaux du Rhône et de la Métropole de Lyon : fede69.centres-sociaux.fr

Union des Centres Sociaux des Bouches-du-Rhône (UCS 13) : ucs13.fr

Centre Pierre Legendre de Couëron : centrepierrelegendre.centres-sociaux.fr

Revues et publications historiques de la FCSF

Nos voisins, nos amis, revue publiée de 1946 aux années 1960 — Centres sociaux, revue publiée des années 1960 aux années 1980 — Ouvertures, revue publiée des années 1980 à 2003 — Repères, revue de Mémoires Vives – Centres sociaux.

Ces publications, numérisées en partenariat avec le CEDIAS-Musée Social et la Bibliothèque nationale de France (BnF via Gallica), constituent un fonds documentaire inestimable pour quiconque souhaite comprendre l'évolution des centres sociaux depuis l'après-guerre. Elles témoignent des préoccupations, des débats et des réalisations de chaque époque, et offrent un regard irremplaçable sur la vie quotidienne des centres sociaux et des quartiers qu'ils animent.

Films et documentaires

Plusieurs documentaires et films ont été réalisés sur les centres sociaux et leur histoire. Des projets de diaporamas et de vidéos sont régulièrement produits par les centres sociaux eux-mêmes, dans le cadre de leurs actions mémorielles et intergénérationnelles. L'association Mémoires Vives encourage ces productions audiovisuelles, qui constituent un patrimoine vivant et émouvant.

Les centres sociaux portent en eux une mémoire vivante : celle des quartiers, des familles, des solidarités qui se sont tissées au fil des décennies. Cette mémoire, il nous appartient de la recueillir, de la préserver et de la transmettre.

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