Mémoire Vivante des Trente Glorieuses / Années 70-80

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Histoire des Centres Sociaux — page 12
Sur le terrain :
portraits de centres, quartiers populaires et milieu rural

Histoire des Centres Sociaux et Socioculturels en France, des années 70 à aujourd'hui — par Patrice Chauveau

Donner chair à cette histoire

Pour donner chair à cette histoire, entrons maintenant dans le quotidien de centres sociaux emblématiques, chacun avec son histoire, son quartier, ses habitants et ses combats. Cette page présente le Centre Social d'Estressin à Vienne et le Centre Social de la Cité Bassens à Marseille, puis parcourt les quartiers populaires et le milieu rural. Deux autres portraits font l'objet de pages dédiées : le Centre Socioculturel Pierre Legendre à Couëron, et le témoignage de première main de l'auteur sur le Centre Social « Maison Commune du Chemin Vert » à Reims.

Le Centre Social d'Estressin à Vienne (Isère)

Le quartier d'Estressin : une histoire ouvrière et populaire

Estressin est le quartier le plus vaste de Vienne, ville historique de l'Isère, sur la rive gauche du Rhône. C'est un quartier chargé d'histoire : les premières traces d'occupation humaine de la ville, datant du Néolithique, ont été découvertes sur le coteau Saint-Hélène, au centre du Grand Estressin.

Le quartier a connu une longue histoire industrielle, marquée notamment par les Établissements Réunis Pascal-Valluit (entre 1917 et 1967), la plus importante entreprise locale. L'industrialisation a attiré des vagues successives d'immigration, façonnant un tissu social populaire et multiculturel.

En 1970, la municipalité inaugure 790 logements sociaux du nouveau quartier du Grand Estressin. Comme dans beaucoup de grands ensembles construits à cette époque, les équipements collectifs manquent. C'est dans ce contexte que le centre social d'Estressin est créé, pour répondre aux besoins des nouvelles populations et tisser du lien social dans ce quartier en construction.

De la gestion CAF au statut associatif

L'histoire institutionnelle du centre social d'Estressin illustre une évolution très fréquente dans le paysage des centres sociaux français : le passage d'une gestion directe par la CAF à un statut associatif.

Dans les premières années, le centre est géré par la CAF de l'Isère, dans la logique qui prévalait à l'époque où les Caisses créaient et géraient directement de nombreux centres sociaux. Le passage au statut associatif, qui intervient plus tard, marque une évolution vers une plus grande autonomie et une meilleure participation des habitants à la gouvernance du centre.

Aujourd'hui, le centre social d'Estressin fait partie du réseau géré par Alfa3a, association loi 1901 qui accompagne les personnes vers l'emploi, la formation et le logement. Alfa3a est gestionnaire des centres sociaux de Vienne, au service des populations et des territoires.

Les activités et l'ancrage territorial

Le centre social d'Estressin, situé quai Claude Bernard, également appelé Centre Social Louis Van Herck, propose un large éventail d'activités adaptées à tous les âges, de 6 à 99 ans selon sa propre formule. Ses missions s'articulent autour de plusieurs axes : l'accueil de loisirs pour les enfants (3-12 ans) les mercredis et pendant les vacances scolaires, l'accueil jeunes pour les 12-17 ans, les actions familiales (sorties, activités collectives, soutien à la parentalité), les ateliers pour adultes (insertion, formation, loisirs), les actions en direction des personnes âgées, et l'animation de quartier (fêtes, événements, initiatives d'habitants).

Le centre social d'Estressin se définit comme un acteur de la sensibilisation des habitants au pouvoir d'agir de chacun et de la mise en place d'actions individuelles ou collectives. Il travaille en réseau avec les autres centres sociaux de Vienne (l'Isle, Malissol, Vallée de Gère) pour couvrir l'ensemble des quartiers de la ville.

À Vienne, les centres sociaux sont reconnus comme des lieux de soutien aux initiatives locales, aux collectifs d'habitants et aux Conseils Citoyens installés dans les quartiers prioritaires.

La ville de Vienne compte quatre centres sociaux répartis dans ses différents quartiers : Estressin (le plus ancien), l'Isle (fondé en 1968), Malissol et Vallée de Gère. Ensemble, ils couvrent l'ensemble du territoire communal et offrent aux Viennois un réseau de proximité remarquable. Les centres sociaux sont ouverts à tous les habitants et proposent des activités pour tous les âges : centres de loisirs 3-12 ans, accueils jeunes 12-17 ans, sorties familiales, ateliers collectifs de loisirs, fêtes de quartier, animations de proximité tout au long de l'année.

Le quartier d'Estressin, classé en politique de la ville, bénéficie d'une attention particulière. Le centre social y mène des actions spécifiques en matière de prévention, d'insertion et d'accès aux droits. Les « Plans été » permettent chaque année aux enfants et aux jeunes qui ne partent pas en vacances de bénéficier d'activités de loisirs et de découverte pendant les mois d'été.

L'histoire du passage de la gestion CAF au statut associatif est emblématique d'une tendance nationale. Dans les années 50-70, beaucoup de CAF géraient directement leurs centres sociaux, avec un personnel souvent composé d'assistantes sociales et de secrétaires. À partir des années 80-90, la tendance à l'associativisation s'est imposée, portée par la conviction que la gestion associative, impliquant directement les habitants dans la gouvernance, est plus conforme à l'esprit originel des centres sociaux. Aujourd'hui, Alfa3a, association gestionnaire du centre d'Estressin, est un acteur majeur de l'action sociale dans l'Isère, employant des centaines de salariés et gérant de nombreux établissements.

Le Centre Social de la Cité Bassens à Marseille (15e arrondissement)

La cité Bassens : une histoire de déracinement et de solidarité

L'histoire de la cité Bassens est emblématique de celle des quartiers Nord de Marseille. Au cœur du 15e arrondissement, elle a été construite en lieu et place du bidonville dit des « treize coins ». Dans les années 50, la majorité des familles qui vivaient dans ce bidonville étaient d'origine gitane et algérienne, venues en France pour trouver du travail.

En 1963, la cité Bassens I est achevée dans l'urgence, à proximité des usines, entre une voie ferrée, une rocade routière et la zone industrielle des Arnavaux. En janvier 1964, les baraques du bidonville sont évacuées puis détruites. La cité Bassens II est achevée en 1965. Les familles qui s'y installent, provenant pour beaucoup du bidonville de Sainte-Marthe ou de Saint-Barthélemy, sont issues de l'immigration algérienne, des familles rapatriées dites « harkis » et des familles gitanes.

Un centre social né de la mobilisation des habitants

Le centre social de Bassens est créé en 1971, à l'initiative d'habitants mobilisés et soutenus par le mouvement ATD Quart Monde et d'autres courants militants. C'est un bel exemple de la dynamique d'Education Populaire en action : ce ne sont pas les institutions qui « implantent » un centre social, mais les habitants eux-mêmes qui se mobilisent pour créer un lieu de vie collective dans leur quartier.

La vie associative qui se développe à Bassens dans les années 70 est remarquablement dynamique : un club des jeunes de Bassens, un comité de locataires avec la publication du « Journal de la Cité Bassens », des activités culturelles et sportives. Les jeunes du quartier, en particulier, s'emparent de ces espaces pour exprimer leurs aspirations et leurs frustrations.

L'Association Socio-éducative de la cité Bassens porte le centre social et témoigne de l'engagement des habitants dans la gestion de leur équipement. Ce modèle associatif est caractéristique des centres sociaux marseillais : dans les Bouches-du-Rhône, l'ensemble des centres sociaux sont gérés par des associations.

Le quartier face aux défis contemporains

La cité Bassens a été marquée par les tensions sociales qui traversent les quartiers populaires marseillais. Dès le début des années 80, la question de la jeunesse et de la prévention de la délinquance devient préoccupante. Le journal « Sans Frontière » rapporte les promesses non tenues : on avait promis aux jeunes de l'embauche si le nombre de vols baissait, mais après un an sans vols, aucune embauche n'avait suivi.

C'est aussi dans l'environnement de Bassens que naît, en 1981, Radio Gazelle, l'une des premières radios associatives créées par des jeunes issus de l'immigration maghrébine, d'abord comme « radio pirate » avant d'être légalisée après l'arrivée de la gauche au pouvoir.

Aujourd'hui, la cité Bassens est concernée par un projet de rénovation urbaine qui prévoit l'aménagement d'une nouvelle école, d'un centre social rénové et de commerces. Le centre social continue de jouer son rôle de lieu de vie et de solidarité pour les habitants du quartier.

L'histoire du centre social de Bassens illustre plusieurs dimensions importantes de l'action des centres sociaux dans les quartiers populaires. D'abord, le rôle des habitants comme acteurs de leur propre développement : à Bassens, ce sont les habitants eux-mêmes, soutenus par des mouvements associatifs, qui ont porté la création du centre social. Ensuite, la dimension culturelle et médiatique : Radio Gazelle, née à Bassens, est un exemple remarquable de la capacité des habitants des quartiers populaires à s'emparer des outils de communication pour faire entendre leur voix. Cette radio, qui diffusait d'abord de la musique du Maghreb et des débats, a joué un rôle important dans l'expression culturelle et politique des communautés issues de l'immigration.

Le « Journal de la Cité Bassens », publié dans les années 70 par le comité de locataires, est un autre témoignage de cette vitalité démocratique : les habitants écrivent, publient, informent, débattent, et le centre social est le lieu naturel de cette effervescence citoyenne.

L'histoire de Bassens rappelle aussi que les centres sociaux ne sont pas des lieux « neutres » ou « apolitiques » au sens strict. Ils sont des espaces où se discutent les conditions de vie, les droits des habitants, les relations avec les institutions. En ce sens, ils sont des lieux profondément politiques, au sens noble du terme : des lieux où se construit la cité, la communauté des citoyens.

La banlieue lyonnaise : un laboratoire de l'action sociale

Les centres sociaux sont présents dans une grande diversité de territoires, des quartiers les plus urbains aux communes les plus rurales. Mais c'est sans doute dans les « quartiers sensibles » (pour reprendre l'expression consacrée, même si elle est discutée) et dans les zones rurales en difficulté que leur rôle est le plus crucial.

L'agglomération lyonnaise est l'un des berceaux historiques du réseau des centres sociaux en France. Avec 76 centres adhérents à la Fédération du Rhône et de la Métropole, c'est l'un des territoires les plus densément maillés du pays.

Les grands ensembles de la banlieue lyonnaise — les Minguettes à Vénissieux, La Duchère à Lyon 9e, Vaulx-en-Velin, Rillieux-la-Pape, Villeurbanne, Bron — ont été le théâtre de certains des épisodes les plus marquants de l'histoire sociale française contemporaine. Les émeutes des Minguettes en 1981, celles de Vaulx-en-Velin en 1990, ont fait basculer le regard de la société française sur les banlieues et ont engendré la politique de la ville.

Dans ces quartiers, les centres sociaux sont des acteurs essentiels de la cohésion sociale. Ils proposent des activités qui répondent aux besoins spécifiques des populations : accueil de la petite enfance (les centres sociaux du Rhône portent 56 EAJE, c'est-à-dire des établissements d'accueil du jeune enfant), soutien scolaire et accompagnement éducatif, ateliers sociolinguistiques (ASL) pour les personnes allophones, actions d'insertion professionnelle et d'accès aux droits, prévention et médiation, animations de proximité et fêtes de quartier, accueil de services publics déconcentrés.

Les centres sociaux de la banlieue lyonnaise ont aussi été pionniers dans le domaine de l'inclusion numérique, développant des ateliers d'initiation et de médiation numérique pour lutter contre l'illectronisme qui touche une part importante des habitants des quartiers populaires.

La Fédération des centres sociaux du Rhône a joué un rôle de premier plan dans l'accompagnement de ces structures, en organisant des formations, en facilitant les échanges de bonnes pratiques et en représentant les centres auprès des institutions. Elle a aussi contribué à documenter et à faire connaître l'action des centres sociaux lyonnais, notamment à travers le travail historique mené sur les origines du réseau rhodanien.

Parmi les actions emblématiques des centres sociaux de la banlieue lyonnaise, on peut citer les « Plans été » qui, chaque année depuis les années 80, proposent aux enfants et aux jeunes qui ne partent pas en vacances des activités de loisirs, de découverte et de sport pendant l'été. Ces programmes, qui mobilisent des dizaines de centres sociaux et des centaines d'animateurs, sont un exemple concret de la capacité du réseau à répondre aux besoins des familles les plus fragiles.

Les centres sociaux lyonnais sont aussi très impliqués dans le dispositif des Contrats Locaux d'Accompagnement à la Scolarité (CLAS), qui propose un soutien éducatif aux enfants en difficulté scolaire, en complémentarité avec l'école. Ces actions, qui se déroulent après l'école et le mercredi, mobilisent de nombreux bénévoles et contribuent à la réussite éducative des enfants des quartiers populaires.

Dans le domaine de la transition écologique, les centres sociaux lyonnais sont de plus en plus actifs. La Fédération du Rhône organise chaque année une « Quinzaine de la transition écologique » qui mobilise l'ensemble du réseau autour d'actions concrètes : jardins partagés, ateliers de réparation, cuisines collectives anti-gaspillage, sorties nature, sensibilisation au tri des déchets et à la consommation responsable.

La banlieue marseillaise : des quartiers Nord aux cités du sud

Marseille est la ville de France qui compte le plus grand nombre de centres sociaux, avec 58 structures agréées sur la seule commune, auxquelles s'ajoutent 39 centres dans le reste du département des Bouches-du-Rhône. Cette densité s'explique par l'ampleur des besoins sociaux : près de 20 % de la population du département vit dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

Les quartiers Nord de Marseille (13e, 14e, 15e et 16e arrondissements) concentrent une grande partie des difficultés sociales de la ville : chômage massif, précarité, habitat dégradé, enclavement, trafics. Les centres sociaux y sont des repères essentiels pour les habitants, des lieux de stabilité dans un environnement souvent chaotique.

Les actions menées dans les centres sociaux marseillais couvrent un spectre très large : accompagnement social et accès aux droits (permanences CAF, CPAM, aide juridique), animation enfance-jeunesse (centres de loisirs, accompagnement scolaire, prévention), actions familiales (soutien à la parentalité, médiation familiale, sorties et vacances), insertion professionnelle (ateliers CV, recherche d'emploi, chantiers d'insertion), actions culturelles (théâtre, musique, arts plastiques, cinéma), sport et santé (ateliers bien-être, activités sportives adaptées), accueil et intégration des populations migrantes, et initiatives de développement local (épiceries solidaires, jardins partagés, cafés associatifs).

Les centres sociaux marseillais se distinguent aussi par leur engagement dans le champ de la santé communautaire. Face aux inégalités criantes d'accès aux soins dans les quartiers populaires de Marseille, plusieurs centres ont développé des actions de prévention santé (dépistage, information, ateliers nutrition, bien-être), parfois en partenariat avec des structures de soins de proximité.

La question de la jeunesse est un enjeu central dans les quartiers marseillais. Les centres sociaux y proposent des accueils jeunes, des projets d'insertion, des chantiers participatifs, des projets culturels et artistiques. L'UCS 13 anime un « Réseau Jeunesse » départemental qui permet aux animateurs jeunesse des différents centres de partager leurs pratiques et de monter des projets inter-centres. La motion jeunesse adoptée par la FCSF, « Plus de place pour les jeunes ! », se décline localement à travers des séminaires et des actions concrètes.

Un exemple marquant de l'action des centres sociaux marseillais est le projet « Défi Déconnexion », porté par l'UCS 13. Pendant plusieurs semaines, les enfants, les jeunes, les parents et les professionnels des centres sociaux participants expérimentent des modes de vie sans écrans. L'évaluation de l'impact social de ce projet montre des résultats encourageants en termes de dialogue familial et de pratiques alternatives de loisirs.

La « Marseillaise des Femmes », course organisée chaque année par l'UCS 13, est un autre exemple de projet fédérateur qui associe sport, santé, bien-être et émancipation féminine. Cette manifestation, qui réunit des centaines de participantes venues des différents centres sociaux du département, est devenue un rendez-vous incontournable de la vie associative marseillaise.

La banlieue parisienne : un maillage dense de proximité

L'Île-de-France concentre un nombre important de centres sociaux, avec des fédérations actives dans plusieurs départements (Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Hauts-de-Seine, Essonne, Val-d'Oise). L'Union Francilienne des centres sociaux coordonne l'action au niveau régional.

Dans les banlieues parisiennes, les centres sociaux sont confrontés à des enjeux spécifiques : la diversité culturelle et linguistique des populations (certains quartiers comptent des dizaines de nationalités), la densité urbaine et le manque d'espaces publics, les tensions liées à la précarité et au sentiment de relégation, et la coexistence de populations très diverses (travailleurs immigrés de longue date, réfugiés récents, familles populaires françaises, populations roms, etc.).

Les centres sociaux de la banlieue parisienne ont développé des compétences reconnues dans le domaine de la médiation interculturelle, de la lutte contre les discriminations et de l'accompagnement des jeunes vers la citoyenneté.

En Seine-Saint-Denis, département emblématique des enjeux sociaux de la banlieue parisienne, la Fédération des centres sociaux anime un réseau dense de structures confrontées à des défis considérables. Les centres sociaux de ce département sont souvent les premiers interlocuteurs des familles nouvellement arrivées en France, proposant des ateliers de français, des permanences d'accès aux droits, des actions de médiation avec les institutions (école, santé, logement, emploi).

Dans le Val-de-Marne, les centres sociaux ont une longue tradition d'innovation sociale. La Fédération départementale a contribué à faire connaître l'histoire des centres sociaux, rappelant que dans les années 60-70, avec la croissance économique, les centres sociaux sont devenus socioculturels, avant de s'orienter vers l'insertion sociale à partir des années 80.

Les centres sociaux d'Île-de-France sont aussi très impliqués dans les dispositifs liés à la politique de la ville : Contrats de ville, Programmes de Rénovation Urbaine (PRU), Conseils Citoyens. Ils jouent un rôle de relais entre les habitants et les institutions, facilitant la participation citoyenne dans des territoires où la confiance envers les pouvoirs publics est souvent fragilisée.

Le service civique est un autre levier important pour les centres sociaux franciliens. Grâce à l'agrément national dont bénéficie la FCSF, de nombreux centres accueillent des jeunes en service civique, qui apportent leur énergie et leur regard neuf tout en vivant une expérience formatrice et citoyenne.

Les Centres Socioculturels : entre culture et lien social

Il convient de distinguer, au moins dans les termes, les « centres sociaux » des « centres socioculturels », même si dans la pratique les frontières sont souvent floues. Les centres socioculturels mettent l'accent sur la dimension culturelle de l'action sociale : ils proposent non seulement des activités sociales et éducatives, mais aussi une programmation culturelle (spectacles, expositions, concerts, cinéma, ateliers d'arts plastiques, théâtre, danse, etc.).

Le centre socioculturel incarne l'idée que la culture n'est pas un luxe mais un besoin fondamental, et que l'accès à la création et à l'expression artistique est un vecteur puissant d'émancipation et de lien social. C'est la traduction concrète des valeurs de l'Education Populaire appliquées au champ culturel.

Les centres socioculturels sont particulièrement présents dans les communes de taille moyenne et dans les quartiers qui disposent d'une vie associative et culturelle dynamique. Ils jouent souvent le rôle de « maisons de la culture de quartier », offrant aux habitants un accès à des pratiques culturelles qui leur seraient autrement inaccessibles.

La dimension culturelle de l'action des centres socioculturels ne se limite pas à la programmation d'événements. Elle imprègne l'ensemble du projet : les ateliers d'expression (théâtre, écriture, arts visuels, danse) sont autant d'outils de développement personnel et de lien social ; les fêtes de quartier sont des moments de création collective et de fierté partagée ; les projets interculturels permettent la rencontre et le dialogue entre des populations d'origines diverses.

Dans les années 70 et 80, les centres socioculturels ont été particulièrement actifs dans le mouvement dit de « l'animation socioculturelle », qui aspirait à démocratiser la culture en la faisant sortir des institutions traditionnelles (musées, théâtres, conservatoires) pour l'amener au plus près des habitants. Des animateurs culturels, souvent formés dans les mouvements d'Education Populaire (MJC, Peuple et Culture, CEMEA), ont développé des pratiques innovantes : théâtre de rue, ateliers d'écriture collective, expositions participatives, projections-débats, festivals de quartier.

Aujourd'hui, les centres socioculturels continuent d'innover dans le champ culturel. Certains développent des « tiers-lieux culturels », des espaces hybrides qui combinent pratiques artistiques, numérique créatif, coworking et animation sociale. D'autres s'engagent dans des projets de patrimoine participatif, invitant les habitants à documenter et à valoriser l'histoire de leur quartier.

Les Centres Sociaux Intercommunaux en milieu rural

Les centres sociaux ne sont pas réservés aux grandes villes et aux banlieues. En milieu rural, ils jouent un rôle tout aussi essentiel, même si leur forme et leurs modalités d'action sont adaptées au contexte.

Les centres sociaux intercommunaux, souvent soutenus par les Caisses de Mutualité Sociale Agricole (MSA), couvrent le territoire de plusieurs communes rurales. Ils sont parfois les seuls équipements collectifs du territoire, et constituent à ce titre un maillon irremplaçable du lien social en milieu rural.

Les actions des centres sociaux ruraux portent sur des problématiques spécifiques : la lutte contre l'isolement des personnes âgées (qui est un enjeu majeur dans les campagnes), l'accueil des nouvelles populations (néo-ruraux, familles qui fuient les prix de l'immobilier urbain), le maintien des services de proximité (permanences sociales, aides administratives, médiation numérique), l'animation de la vie locale (fêtes, marchés, événements culturels), et le soutien aux familles (parentalité, petite enfance, jeunesse).

L'objectif fixé par la Convention d'Objectifs et de Gestion 2023-2027 entre l'État et la CNAF prévoit la présence d'au moins une structure d'animation de la vie sociale par intercommunalité en milieu rural. Ce maillage territorial est essentiel pour garantir l'égalité d'accès aux services sociaux, quel que soit le lieu de résidence.

Les centres sociaux intercommunaux ruraux font preuve d'une inventivité remarquable pour s'adapter aux contraintes du territoire : itinérance (des animateurs se déplacent dans les différents villages), utilisation de locaux partagés (salles des fêtes, écoles, maisons de services publics), projets itinérants (bus social, médiathèque mobile, permanences tournantes), recours aux outils numériques pour maintenir le lien entre les habitants dispersés.

En Bretagne, par exemple, la Fédération des centres sociaux a développé dès les années 80 des actions en milieu rural, avec un contrat avec l'Agence Française de Maîtrise de l'Énergie pour valoriser l'impact de la maîtrise de l'énergie vers les populations précaires. C'est un exemple précoce de ce qui deviendra la transition écologique dans les centres sociaux.

Les espaces de vie sociale (EVS), structures plus légères que les centres sociaux mais portant une mission similaire d'animation locale, se sont considérablement développés en milieu rural ces dernières années. Ils permettent de couvrir des territoires où la création d'un centre social à part entière ne serait pas justifiée par la taille de la population, tout en offrant un service de proximité indispensable.

La coopération entre centres sociaux et Maisons France Services, mises en place à partir de 2020 pour garantir un accès aux services publics dans tous les territoires, ouvre de nouvelles perspectives. Certains centres sociaux accueillent dans leurs locaux une Maison France Services, créant ainsi une synergie entre l'animation sociale et l'accès aux droits.

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